À nos dirigeants de fléchir Vladimir Poutine

Pour que le maître du Kremlin libère Oleg Sentsov, il faut compter non sur sa compassion ni son humanité mais sur son intérêt. Les plus émouvantes suppliques, les textes les plus beaux ne lui arracheront pas un soupir, si même il les lisait un jour. Bref il faut lui donner quelque chose en échange car la mort d’un détenu étranger n’a aucune importance pour lui qui fait assassiner, discrètement, ses propres opposants et a participé, aux côtés de Bachar El Assad, à l’élimination de milliers de Syriens, femmes et enfants compris. Ni les protestations des militants des droits de l’homme ni les pétitions ne suffiront à faire fléchir l’homme du Kremlin qui ne connaît que deux langages : la force

« Les dissidents se battent toujours aussi avec la même arme : leur vie »

La grève de la faim d’Oleg Sentsov a un sens, il nous est adressé, mais serons-nous capables de l’entendre ? Telle est la question qui nous est aujourd’hui posée. Et certes, la manière violente dont elle est posée devrait nous l’imposer, et sa réponse avec. Mais la grève de la faim d’Oleg Sentsov, cinéaste injustement emprisonné, grève qui risque aujourd’hui d’entraîner sa mort, suffira-t-elle à nous rappeler ceci : à quel point la démocratie est vitale, et pourquoi lutter pour la vie d’Oleg Sentsov c’est lutter pour la nôtre et pour toutes les autres ? C’est ce qui devrait nous sauter aux yeux. Et pourtant rien n’est moins sûr. Notre indifférence semble devenue abyssale. C’est comme si on n

Qui a sauvé l’honneur de la Coupe du monde ?

Réponse : les Pussy Riots, coutumiers des actions d’éclat qui les envoient directement en prison. Quatre d’entre eux ont déboulé, en pleine finale, sur le terrain, vêtus en policiers, avec le courage pour seule arme. Quel beau check avec le champion français Kylian Mbappé ! Une irruption aussi brève qu’intense pour demander la libération du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, en grève de la faim depuis 68 jours ainsi que de tous les prisonniers politiques. Mais le monde se rappellera encore d’une parole, celle du policier qui a interrogé les contestataires : « Parfois, je regrette que ce ne soit pas encore 37 ! » 1937 donc. Soit l’apogée des grandes purges staliniennes, considérées comme l’un d

Vladimir, laisse moi encore le doux espoir de te louer !

Je sais que cela ne sert sans doute à rien, mais je continue. Et je me dis, moi qui doute si souvent de tout ce que j’entreprends, que j’ai raison de le faire. Qu’il faut continuer. Même si cela pour l’instant n’a rien changé. Rien. Même si les cris, les suppliques, les tribunes, les engagements, les pétitions, les appels, les prières, les requêtes n’ont eu aucun effet. Même si Oleg Sentsov continue à étirer son combat qui signe aussi son agonie. Même si celui qui pourrait le sauver ne fait pas le geste de le sauver. Il faut continuer. Je ne connais pas Oleg Sentsov. Je ne le connais pas personnellement. Mais faut-il connaître les êtres pour s’en sentir proche ? Faut-il les connaître pour co

Tandis que se vidait le stade Loujniki, Sentsov, lui…

Quand l’espoir se fait croyance. Ou quand on est prêt à tout, y compris à laisser pénétrer la superstition pour refouler le désespoir. Game over ! Nous sommes quelques-uns, oh, pas des millions, certes, ni même des centaines de milliers, quoique… si des millions avaient su, si des milliers avaient pu, de par le monde nous aurions été une marée, une coulée, une cataracte, une avalanche, un irrésistible torrent impétueux déferlant sur la ferveur populaire pour y fourailler et trouver sans peine les veines par où coulent le sens du juste, le goût du bon, l’attention aux autres, et nous aurions dit qui est ce cinéaste un brin idéaliste, volontiers gouailleur, confiant en l’avenir malgré l’ombre

Que notre président ne lâche pas Sentsov, par Emmanuel Carrère

« Beaucoup de préjugés au sujet de la Russie se sont révélés faux », a déclaré Vladimir Poutine dans un entretien télévisé avec Gianni Infantino, le président de la FIFA. Il voulait dire par là que les étrangers venus assister à la Coupe du Monde ont découvert un pays hospitalier. Pourrait-on étendre cette heureuse surprise ? Les visiteurs pourraient-ils découvrir aussi un pays respectueux des Droits de l’Homme ? Un Etat de droit ? Gianni Infantino, à supposer qu’il en ait été informé, n’a certainement pas attiré l’attention du Président russe sur le sort d’Oleg Sentsov. Il ne lui a pas soumis l’épais dossier d’articles, de suppliques et de pétitions que nous signons - je dis « nous » : le P

En août 2015...

En août 2015, lors du simulacre de procès où il a comparu sous l’absurde accusation de terrorisme, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov a cité le roman de Boulgakov, Le Maître et Marguerite. « Quand Ponce Pilate, après toute une éternité à réfléchir sur son crime, est enfin pardonné, il dit à Yeshoua Ha-Nozri : "Tu sais, tu avais raison, le plus grand péché sur terre, c’est la lâcheté." Je suis tout à fait d’accord avec cette phrase du grand écrivain russe : la lâcheté est vraiment le plus grand, le plus terrible péché qui soit et la trahison est l’une de ses manifestations. » Nous serons nous même des lâches si nous ne faisons pas tout, aujourd’hui, pour que cet artiste, cet activiste, ce dé

Lettre à Oleg Sentsov

Barcelone, le 10 juillet 2018 Très cher Oleg Gennadiovytch, Vous devez vous sentir bien seul, dans cette colonie de Labytnangi, si loin de l’Ukraine et de vos proches. Je vous écris – sans savoir si cette lettre pourra jamais vous parvenir – pour vous dire qu’en esprit vous ne l’êtes pas : que nous sommes nombreux, dans le monde entier, écrivains, cinéastes, journalistes, militants, simples citoyens, à penser à vous, à vous soutenir, et à souhaiter de tout cœur votre prochaine libération. Le geste que vous avez entamé, la grève de la faim, est une des protestations les plus violentes qui soient. Elle est pleinement justifiée par l’atroce injustice qui vous a été faite, à vous et à vos compa

Monsieur le Président, pouvez-vous vraiment aller en Russie ?

Monsieur le Président, Pouvez-vous vraiment vous rendre en Russie ? Vous avez prévu d’assister mardi au match France-Belgique à Saint-Pétersbourg. Le Mondial de football est une fête magnifique. Et vouloir soutenir l’équipe de France est parfaitement légitime. Cependant ce séjour sonnerait comme une défaite politique et morale pour notre pays. Mardi 10 juillet, le cinéaste Oleg Sentsov, emprisonné en Sibérie, entamera, s’il est encore en vie, son 58ejour de grève de la faim. Sa cousine, Natalia Kaplan, lui a rendu visite la semaine dernière. Oleg Sentsov parle encore. Il refuse que l’on s’apitoie sur son sort. Mais il suffit de regarder le visage de Natalia pour comprendre ce qu’elle a comp

PUISQU’ON ME LE DEMANDE… POUR OLEG SENTSOV

Puisqu’on me le demande (comme, j’imagine, on le demande à d’autres), comment refuserais-je d’écrire à mon tour pour dire la honte, le dégoût, la colère que nous éprouvons tous et qui exigent si impérieusement d’être exprimées par chacun d’entre nous? Je n’ai rien à ajouter à ce que tout le monde sait déjà concernant le sort fait à Oleg Sentsov condamné à vingt ans de prison pour un crime imaginaire et en raison de son opposition à la politique menée par la Russie dans son pays. J’ai du mal, si je dois être honnête, à me représenter l’extrême état de souffrance et d’abandon dans lequel doit se trouver un homme qui, pour protester contre l’injustice dont il est si visiblement la victime, n’a

Pourquoi écrivez-vous ?

Il y a plus de trente ans, le quotidien Libération publiait un hors-série intitulé "Pourquoi écrivez-vous ?" qui rassemblait les réponses de quelque 400 écrivains du monde entier. Plusieurs réponses disaient à peu près ceci : j'écris parce que j'en ai la possibilité. Ce qui traduisait autant la puissance créatrice que la liberté précieuse de s'exprimer et de partager ses pensées et ses histoires, cette liberté résonnant particulièrement pour nombre de ces écrivains interviewés quelques années avant la chute du mur. Aujourd'hui, d'autres écrivains, comme leurs aînés avant eux, se mobilisent pour relayer notre campagne de soutien à Oleg Sentsov. Voici bientôt deux semaines que nous recevons de

Stars et luciole

Le chrono tourne. Il tourne dangereusement pour Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien, militant du Maïdan, condamné en 2014 à purger vingt ans de prison pour complicité de terrorisme à l’issue d’un procès truqué, Oleg Sentsov qui a entamé ce matin son cinquante- troisième jour de grève de la faim. Le chrono tourne aussi sur les stades de foot russes. Les projecteurs du monde entier sont braqués sur les pelouses, ils illuminent le jeu, ils captent l’émotion — la houle phénoménale de l’émotion mondiale. Si puissants qu’ils relèguent le reste du pays dans l’ombre, le maintiennent en hors champ, et dans ce pays la Sibérie, et en Sibérie cette prison où Oleg Sentsov n’a sans doute plus la force de cla

Je dirai à mon fils... Par Delphine de Vigan

Mon fils est né le 12 juillet 1998, jour de la victoire de la France en coupe du Monde. Il y a quelques jours, nous avons regardé ensemble un documentaire sur cette journée. La chronique - heure par heure- de cette victoire, et de la joie phénoménale, explosive, qui s’ensuivit. Je me disais que c’était important, pour mon fils, de savoir qu’il était né un jour de liesse populaire. Un jour où les gens dansaient et s’embrassaient dans la rue. Un jour où l’on se promettait de savoir vivre ensemble… Mon fils a reçu dans son berceau un ou deux FootiX, petite peluche emblématique de ce Mundial organisé à Paris. On lui promettait un avenir de footballeur. Dans quelques jours, mon fils aura 20 ans.

De partout sur la terre monte une clameur...

OLEG SENTSOV ! Release Oleg Sentsov, libérez Sentsov, De partout sur la terre monte une clameur, Release Oleg Sentsov, libérez Oleg Sentsov. Une clameur j’exagère. La clameur que l’on entend, c’est plutôt celle des supporters venus du monde entier soutenir leurs équipes nationales sous le soleil de Kazan, sur les pelouses de Moscou. Mais si, c’est une clameur, quand même. Un petit torrent de voix indignées. Les voix d’écrivains qui savent le prix de la liberté d’expression, et les dangers que courent les créateurs partout et en particulier au pays de Vladimir Poutine. Les voix des collègues cinéastes d’Oleg Sentsov, les voix des représentants d’Amnesty International, mais aussi celles de J.

Le réalisateur de Demain veut Sentsov libre — aujourd’hui

Je ne connais pas Oleg Sentsov autrement que par ce que la presse en dit. Ce que je sais est qu’il est réalisateur, ukrainien, qu’il s’est battu pour le rapprochement de l’UE et de son pays, contre l’annexion russe de la Crimée et que pour cela, il est en train de mourir dans une geôle russe, où il a été condamné à 20 ans d’emprisonnement, après plus de 45 jours de grève de la faim. La presse internationale s’accorde à dire qu’il a fait l'objet d’un simulacre de procès. Qu’il a fait les frais de son engagement anti-russe. Que les charges pour terrorisme ont été fabriquées de toutes pièces. Oleg Sentsov demande la libération de ses 70 compatriotes qui ont été emprisonnés pour les mêmes motifs

Ni guerre ni paix

Il y a de cela quarante-huit jours. Le message est terrible : Oleg Sentsov entame une grève de la faim. Je suis d’abord saisie de colère. Et je le dis. Une colère embrasée et tendre. Embrasée parce que je sais le risque immense, je connais le paradoxe de ce procédé de lutte. Là où les vigies sont encore libres d’agir, la société civile relaie, l’opinion publique réprouve, les autorités cèdent parfois. Parfois. Plus souvent, cette mise en danger de soi offre aux pouvoirs forts et démonstratifs une aubaine : se sculpter le caractère. Infaillible. Inflexible. Bobby Sands a 27 ans. J’ai presque le même âge et de la rive sud de l’Atlantique, depuis l’Amazonie, je lis, j’écoute, je scrute, j’implo

Un petit mort et puis s’en va

En 1981, j’ai révisé mon bac avec Bobby Sands. J’étais interne. Il était interné. J’étais encore en pleine croissance. Lui maigrissait. J’étais libre. Il était en prison. Depuis quatre ans. Fin juin j’ai fini par obtenir mon diplôme. Un mois avant il avait perdu la vie. En parlant de sa mort, Margaret Thatcher avait déclaré à la chambre des communes, avec sa voix nasale de grouse snob : « He chose to take his own life. » Je me souviens de la phrase, moi qui étais pourtant nul en langue. « Il a choisi de s’ôter la vie. » De toute façon, je me souviens de tout : du visage de Bobby Sands que j’avais punaisé au-dessus de mon bureau entre le nom peint en rouge de Solidarnosc et une photo de Nina

Supporter

Cher Oleg Sentsov, La dernière fois que je t'ai vu, tu étais rayonnant aux confins du malheur. Farceur, rieur, gaillard, provocateur, sûr de tes moyens et de ta cause. Faisant la nique aux puissants et n'hésitant pas à contester publiquement leurs mensonges. La dernière fois que je t'ai vu, tu m'as semblé solaire. Éclatant de force et de vitalité. De courage. Tu m'as conforté dans l'idée que la création – le cinéma, la littérature, ou toute autre forme de contestation de la réalité – est une question de santé. Oui, mais la dernière fois que je t'ai vu, c'était en février, sur l'écran d'un cinéma parisien, lors d'une soirée organisée par France Culture, le festival Un Week-end à l’Est et les

O, Vladimir Poutine, petit Père des peuples de Russie !

O, Vladimir Poutine, petit Père des peuples de Russie, grand ordonnateur mondial des coupes footballistiques et génie des jeux géostratégiques, grand chasseur de grizzli et lauréat du prix Confucius de la Paix, exercez votre illustre mansuétude et votre légendaire humanité en libérant Oleg Sentsov de sa geôle ! Epargnez-lui d’avoir à se coudre les lèvres comme Piotr Palenski pour se faire entendre, d’avoir à mourir de faim pour obtenir justice, corrigez avec éclat la scélératesse de vos juges : ce geste n’ôtera pas un kopek à votre colossale fortune et couronnera votre renommée de gloire éternelle. Et vous, cher Oleg Sentsov, sachez que nous sommes foule de par le monde à entourer vos épaule

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