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Vladimir, laisse moi encore le doux espoir de te louer !

July 18, 2018

Je sais que cela ne sert sans doute à rien, mais je continue. Et je me dis, moi qui doute si souvent de tout ce que j’entreprends, que j’ai raison de le faire.

Qu’il faut continuer.

 

Même si cela pour l’instant n’a rien changé.

 

Rien.

 

Même si les cris, les suppliques, les tribunes, les engagements, les pétitions, les appels, les prières, les requêtes n’ont eu aucun effet.

 

Même si Oleg Sentsov continue à étirer son combat qui signe aussi son agonie.

Même si celui qui pourrait le sauver ne fait pas le geste de le sauver.

 

Il faut continuer.

 

Je ne connais pas Oleg Sentsov. Je ne le connais pas personnellement. Mais faut-il connaître les êtres pour s’en sentir proche ? Faut-il les connaître pour comprendre que ce qu’ils font est juste, pour savoir que le combat qu’il mène dépasse de loin le but qu’ils se sont assigné, pour se persuader que ce qu’ils ont entrepris engage la parcelle d’humanité, de conscience et de liberté dont nous devrions toutes et tous êtres les gardiens fervents ?

 

Ces jours derniers, j’ai désespéré de la nature humaine quand chaque heure, chaque jour, je prenais acte de l’indifférence de Vladimir Poutine, qui seul avait le pouvoir de sauver un de ses semblables et ne le faisait pas.

 

Ces jours derniers, j’ai eu foi en la nature humaine quand chaque heure, chaque jour, je pensais à Oleg Sentsov, à son courage, à son opiniâtreté, à sa détermination à porter plus loin encore le combat de la dignité humaine.

 

Me vient en bouche un goût amer : celui qui sourd quand une blessure nous affecte au point de nous faire vaciller : si Oleg Sentsov meurt c’est nous tous qui mourrons. Bien sûr, on pourra dire que ce ne sont là que des mots. Bien sûr nous autres continuerons à vivre alors qu’il ne vivra plus. Mais nous vivrons avec une taie sur nos regards et une plaie en nos cœurs, une souillure plaquée sur nos espérances et nos idéaux.

 

Toutes les morts ne se valent pas.

 

Ceci est terrible à dire mais il est des morts qui vont au-delà des êtres qu’elles affectent, et signalent le genou que met à terre l’humanité.

 

La mort d’Oleg Sentsov appartiendrait à celles-là.

 

Tant d’espoirs et d’esprits se sont unis pour supplier, se sont unis pour le sauver. Créateurs, artistes, citoyens, écrivains, chanteurs, peintres, metteurs en scène, dirigeants politiques, musiciens, poètes, dramaturges, sculpteurs, femmes et hommes de bonne volonté, tant de voix, tant d’espoirs, dans le monde entier, et cela, pour rien ? Pour rien ? Cela ne vaut-il donc rien ?

 

Vladimir Poutine jusqu’à présent est sourd. Il n’entend pas le cri des cœurs, le cri des voix libres qui appellent.

 

Nous sommes sans doute sur le point de perdre. Poutine va gagner. Mais c’est nous qui avons raison avec Oleg Sentsov, et c’est Poutine qui a tort.

 

Oleg Sentsov va mourir et les temps retiendront qu’il est le mort juste d’un juste combat.

 

Les temps retiendront aussi que le seul être qui pouvait le sauver ne l’a pas fait, n’a pas voulu le faire. Et les temps ne retiendront pas le nom de Poutine comme celui d’un homme qui a redressé et fortifié un grand pays mais comme celui d’un être qui a laissé crever ceux qui se dressaient sur son chemin. Les temps retiendront que Poutine est le nom d’un criminel, et d’un criminel sans courage. Qui tue par procuration. Qui tue à distance. L’air de rien. En n’assumant même pas ses meurtres. En laissant à d’autres le soin de les commettre, fussent-elles les victimes elles-mêmes.

 

A moins que soudain l’homme en lui ne se réveille et ne se dresse ?

 

Il le peut encore.

 

Oui.

 

Je l’en conjure. Je serais prêt alors à pleurer de joie.

 

Vladimir, laisse moi encore s’il te plaît le doux espoir de te louer ! Je ne suis rien je le sais, mais je le ferais, bordel ! Craché, juré ! Et aussi fort que je dis aujourd’hui ma peine et mon effroi, je dirais demain ma reconnaissance, je te le promets.

 

Philippe Claudel

 

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