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À nos dirigeants de fléchir Vladimir Poutine

July 28, 2018

  Pour que le maître du Kremlin libère Oleg Sentsov, il faut compter non sur sa compassion ni son humanité mais sur son intérêt. Les plus émouvantes suppliques, les textes les plus beaux ne lui arracheront pas un  soupir, si même il les lisait un jour. Bref il faut lui donner quelque chose en échange car la mort d’un détenu étranger n’a aucune importance pour lui qui fait assassiner, discrètement, ses propres opposants et a participé, aux côtés de Bachar El Assad, à l’élimination de milliers de Syriens, femmes et enfants compris. Ni les protestations des militants des droits de l’homme ni les pétitions ne suffiront à faire fléchir l’homme du Kremlin qui ne connaît que deux langages : la force ou le troc. Son opinion publique le soutient de toutes les façons. Il faut procéder à un calcul utilitariste : du donnant-donnant. Et cela dépasse nos compétences de simples particuliers. Aux Ukrainiens de voir s’ils préfèrent récupérer leur cinéaste ou parier sur sa mort pour en faire un martyr. Au Kremlin de peser les avantages ou les inconvénients de laisser un prisonnier politique mourir de faim dans le Grand Nord sibérien : l’été est la saison favorable à l’amnésie mais un seul homme peut faire chuter un régime, Soljenitsyne en est un magnifique exemple. L’affaire est donc diplomatique et politique : Poutine vendra très cher la peau de Sentsov et ce d’autant plus que le monde entier se mobilise pour ce dernier.

 

          Mais ce cynisme est aussi une chance de voir le cinéaste ukrainien libéré si le président russe veut faire monter les enchères. L’initiative est donc du côté des politiques : à Emmanuel Macron, Angela Merkel ou Teresa May de voir, en accord avec le président Porochenko, ce qu’ils peuvent concéder au nouveau Tsar, ce qu’ils peuvent négocier dans un contexte de tensions et de sanctions. La coupe du monde de football n’a pas suffi à amadouer Vladimir Poutine. Mais sa situation n’est pas aussi brillante qu’on le pense. Et son ami/otage Donald Trump n’est peut-être pas à l’abri d’une enquête embarrassante, à mesure que le procureur Mueller accumule les preuves contre le chef d’Etat américain. Si nos dirigeants et notre président en tout premier lieu, qui a eu le courage de dire à Vladimir Poutine, en public, à Versailles, le 29 Mai 2017, ses quatre vérités, parvenaient à fléchir ce dernier, le crédit leur en reviendrait. Il n’est pas dit que les leaders du monde libre réussiront moins bien que les Helmut Kohl ou François Mitterrand en leur temps. Il y va de la vie d’un militant de la liberté, il y va aussi de la crédibilité de l’Europe démocratique.

 

Pascal Bruckner

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