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Oyub Titiev. Histoire d’un engagement en Tchétchénie

March 23, 2019

Figure de l'association de défense des droits de l'homme « Mémorial » à Grozny, Oyub Titiev a été condamné le 18 mars dernier à quatre ans de colonie pénitentiaire. Portrait d’un homme qui gêne le pouvoir tchétchène et qui se voit aujourd’hui injustement condamné après un procès kafkaïen.

 

 

 

Oyub Titiev a été arrêté en janvier 2018 en Tchétchénie pour détention illégale de drogue dans sa voiture. Responsable de Mémorial à Grozny, il est aujourd’hui condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire. La Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic, a annoncé publiquement qu’elle était « consternée par ce verdict. D’emblée, les accusations de possession de marijuana ont manqué de crédibilité. M. Titiev, directeur du bureau tchétchène de l’organisation russe de défense des droits de l'homme « Memorial », est connu pour le travail important qu’il a accompli courageusement dans la région durant de nombreuses années ». La drogue aurait en effet été déposée à son insu dans sa voiture, affirme Titiev, pour l’empêcher de poursuivre son travail.

 

L’association « Mémorial », fondée par Andreï Sakharov en 1989 en réponse à la répression menée contre les dissidents soviétiques, gêne le pouvoir en place. En Russie, elle travaille à la fois sur les crimes commis à l’époque de l’URSS et sur les récentes violations des droits humains. En Tchétchénie, ses équipes enquêtent sur les crimes commis pendant les deux guerres russo-tchétchène, sur les rafles et les disparitions qui ont suivi et sur les violences actuelles du gouvernement de Kadyrov. Mais depuis quelques années, les menaces et les pressions s’accentuent sur l’ONG, pour la réduire au silence et diminuer son périmètre d’action.

 

Enseignant et entraîneur de boxe

 

Oyub Titiev n’est pas entré chez Mémorial par hasard. Avant la guerre, il était enseignant dans l’école de son village à Kurchaloy et entraîneur d’une équipe locale de boxe. Il était très proche des jeunes et très aimé par eux. Quand la seconde guerre de Tchétchénie éclate en 1999, beaucoup de ces jeunes garçons qu’il entraîne sont tués. Choqué par leur disparition, il décide alors de chercher leurs dépouilles afin de leur donner une sépulture. Une démarche qui fait basculer son existence.

 

Au début des années 2000, Natalia Estemirova, responsable à l’époque de Mémorial à Grozny, décide de se rendre dans le village d’Oyub Titiev pour recueillir des témoignages sur les rafles et les meurtres de civils commis par les milices d’Akhmad Kadyrov, père de l’actuel leader de la Tchétchénie. Il commence par l'aider en tant que bénévole, puis devient membre de l’association avant d’en devenir l’une des figures majeures.

 

En 2009, Natalia Estemirova est assassinée. Oyub Titiev devient responsable du bureau de « Mémorial ». Pour lui, l’association ne devait pas céder à la pression et « Mémorial » ne devait pas quitter la Tchétchénie au moment où les droits de ses habitants continuaient à être cyniquement bafoués. Il était en même temps conscient du danger que cela représentait pour lui et pour ses équipes. Selon les témoignages de ceux qui le connaissent « il prenait toujours soin de ses collègues, tentait de les protéger et prenait lui-même en charge les cas les plus sensibles tels que les enlèvements, les tortures, les exécutions… »

 

Oyub Titiev a lutté contre la barbarie de l’armée russe pendant la guerre, puis contre la le régime totalitaire de Kadyrov, soutenu par Moscou. Il est resté fidèle à la mémoire des jeunes qu’il entraînait, et à celle de sa collègue et amie Natalia. Il menait un travail exemplaire malgré la répression féroce. C’est ce qui lui est, au fond, reproché.

 

 

 

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