Le Maréchal Al Sissi en visite d’Etat


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C’est avec stupéfaction que nous apprenons la nouvelle d’une visite d’Etat — la plus haute marche dans le protocole — du président égyptien, le maréchal Al Sissi, à partir de lundi. Annoncée il y a quelques jours à peine, cette visite est, nous dit un diplomate, « un cadeau pour le maréchal », qui aura droit aux honneurs réservés aux meilleurs amis de la République. Le président égyptien est au pouvoir depuis 2014 et a fait modifier la constitution afin de pouvoir demeurer au pouvoir jusqu’en 2030. Il mène une politique de répression d’une férocité inouïe. Il y a quelques jours Amnesty international rappelait que les persécutions à l’encontre des défenseurs des droits humains, désignés comme terroristes, gagnent en intensité. Les dirigeants d’associations de défense des droits de l’Homme Mohamed Basheer, Karim Ennarah et Gasser Abdel-Razek ont ainsi été arrêtés après avoir rencontré des diplomates en novembre. Ils sont traités de manière cruelle et inhumaine en prison. D’après Amnesty, « la crise des droits humains en Égypte est devenue catastrophique ». La liste des dissidents emprisonnés s’allonge. Le pays compte désormais, au bas mot, 60 000 prisonniers politiques. Les tortures et les exécutions se multiplient. D’après Philip Luther, directeur de la recherche pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty international, « les autorités égyptiennes se sont embarquées ces derniers mois dans une frénésie d’exécutions ».


La France peut-elle décemment recevoir le responsable direct de cette folle dérive répressive ? Tout se fait au nom d’un « partenariat stratégique » et d’une prétendue « lutte contre les terroristes » qui justifierait la répression aveugle des dissidents, comme le rappelait le communiqué conjoint du président Macron et du maréchal lors de la précédente visite de ce dernier en 2017. En réalité, les honneurs accordés au président égyptien sont la conséquence de la vente de vingt-quatre avions Rafale à l’Egypte en 2015. A l’époque, certains se félicitaient au Quai d’Orsay : « Sissi a sauvé l’armée française » disaient-ils. Ou plutôt son budget, car le cas échéant c’est la France qui aurait dû acheter les avions au fabricant Dassault. Conclusion d’un diplomate : « Auparavant c’étaient les intérêts stratégiques de la France qui guidaient nos contrats d’armement. Aujourd’hui, c’est le contraire. Nous nous retrouvons pieds et poings liés avec le Maréchal Al Sissi ». D’où cette prestigieuse visite.


À ceux qui opposent le réalisme géopolitique aux rêveries droits-de-l’hommiste, on peut avancer un argument très réaliste : la France veut-elle vraiment devenir le jouet des États à qui elle vend son armement, quitte à renoncer à nos valeurs et insulter l’avenir ? Cette visite est un désastre et une honte.


Un rassemblement de protestation est prévu mardi 8 décembre à 18h face à l’Assemblée nationale à Paris. Histoire de rappeler qu’en Egypte comme en France, ce sont les personnes qui doivent décider des actions de leurs représentants… Retrouvons-nous y, afin de leur rappeler les noms et les visages des citoyens égyptiens enfermés et torturés, injustement, en prison.


Par Michel Eltchaninoff

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