Alexandre Lavut, 16 ans, dissident russe contre la guerre en Ukraine





C’est dans un café parisien que nous rencontrons Alexandre Lavut. Il a quitté précipitamment Moscou quelques jours après le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine en février. Après plusieurs mois de transit en Géorgie il est récemment arrivé en France pour demander l’asile politique.

S’il n’a que seize ans, Alexandre a en effet plusieurs années d’engagement derrière lui. Depuis l’âge de treize ans, il participe à toutes les manifestations contre le pouvoir russe. Suivi par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux, il est l’un de ceux qui animent la nouvelle dissidence russe. Risquant l’arrestation au nom de lois de plus en plus répressives, il a dû se réfugier en France.


Son arrière-grand-père s’appelait, lui aussi, Alexandre Lavut (1929-2013). C’était un des célèbres dissidents historiques de l’URSS. Mathématicien, il a participé à la rédaction et à la diffusion des samizdats, ces « chroniques » clandestines sur l’actualité des répressions en URSS. Il a été un grand défenseur des Tatars de Crimée, ce peuple déporté en deux jours en Asie centrale, en 1944, sur décision de Staline. Les dissidents militaient pour le droit au retour chez eux des Tatars de Crimée, ce qui n’a été permis qu’en 1989. Alexandre Lavout a cofondé en 1969 le Groupe d’initiative de défense des droits de l’homme en URSS. Il a été enfermé dans les camps de 1980 à 1986.


Alors qu’il vient de débarquer en France le jeune Alexandre n’oublie pas un instant la guerre en Ukraine. Il prend la parole lors des manifestations parisiennes et a récemment participé à la soirée que nous avons organisée dans le cadre du Mois des mémoires de la Mairie du XIXe arrondissement de Paris. Il y avait dialogué avec l’avocate des droits humains ukrainienne Oleksandra Matviichuk et la Bélarusse Tatiana Khomitch, représentante du Conseil de coordination des prisonniers politiques, et sœur de Maria Kolesnikova, qui a fait partie du trio de femmes candidates à l’élection présidentielle de 2019 contre Loukachenko — actuellement en prison.


Il nous raconte aujourd’hui son activité à distance. Il a créé en mai une chaîne sur le réseau Telegram, qui propose depuis une aide personnalisée aux ukrainiens se trouvant actuellement en Russie. Il l’a nommé « Dopomoga » (Допомога) ce qui signifie « aide » en ukrainien. Il faut savoir que presque deux millions de réfugiés ukrainiens se trouvent en Russie depuis le commencement de la guerre. Ils y ont fui ou ont été amenés de force. Quand ils ne sont pas enfermés dans des camps ou dans des prisons, ils se retrouvent dans des centres d’accueil ou parfois dans la nature, sans logement ni ressources. Plusieurs centaines de milliers de « volontaires » russes leur viennent en aide — leur proposent un logement, donnent des vêtements ou versent de l’argent — dans des centaines de villes russes. Et, précise Alexandre, « l’État russe ne peut pas grand-chose pour les empêcher de venir en aide aux Ukrainiens ». Évidemment, ces réfugiés vont, selon lui, retourner chez eux en Ukraine. Mais « quand votre maison est détruite, il faut bien survivre. Donc je mets en contact les Ukrainiens et les volontaires russes ».


Alexandre, lui, compte revenir en Russie quand la guerre sera terminée. Il ne sait pas quand. En attendant, il agit. On sait que seule une forte réaction des citoyens russes — outre une victoire de l’Ukraine — face à l’agression de Poutine en Ukraine pourrait arrêter cette aventure criminelle. L’initiative d’Alexandre et d’autres centaines de ses concitoyens donne un peu d’espoir face à cette situation cauchemardesque. Digne héritier de son aïeul, le jeune homme reprend pour lui le slogan historique des dissidents soviétiques : « Pour votre liberté et pour la nôtre ».


Michel Eltchaninoff

Photo : Alexandre Lavut durant un « piquet » pour la libération des prisonniers politiques à Moscou, copyright Alexandre Lavut.

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